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20 ans du décès de G. Godin
12 octobre 2014

Être ou ne poète.

Ce mot d’esprit est inspiré de Hamlet (Shakespeare) et a été noté dans les carnets de Gérald Godin, peu de temps avant sa deuxième opération visant à lui retirer une tumeur au cerveau. Le 12 octobre, nous avons commémoré les vingt ans de la mort du poète des Cantouques et ex-ministre de la Culture sous René Lévesque. Tous Azimuts tient à souligner cet événement et à lui rendre hommage.

C’est d’abord par ses écrits qu’il nous a été possible d’aborder l’oeuvre du poète québécois. Godin est l’un des premiers, avec Miron, à avoir tenté de donner une voix poétique, en joual, aux Québécois, au travers des Cantouques, forme poétique qu’il a inventée. Il y a dans son écriture une urgence à ce que notre peuple se crée, se constitue et se raconte en tant que locuteurs, dans un français à notre image, mais aussi en tant qu’habitants de notre bout de planète. L’urgence est un thème phare dans la poésie de Gérald Godin, que ce soit celle de faire un pays, ou celle de coucher sur papier sa poésie, d’observer le passage difficile du temps et de noter l’érosion de sa mémoire, surtout après sa première intervention chirurgicale au cerveau. Lui-même en entrevue le dit: “la vie est plus courte qu’on pense. Il est important de faire ce qu’on souhaite faire dès maintenant avant d’être vieux. Parce que vieux, on l’est déjà. L’avenir sera là de toute façon, dans toute sa violence et rapidement, demain va succéder à aujourd’hui.”

J’ai vu le soleil se lever
dans tant et tant de pays
je ne savais plus lequel
était le mien

Le jour oscillait
lampe incertaine dans ma nuit
Le rif le souk le môle
La vallée millénaire
berges de l’Atlas
boutre contre Seychelles

Je l’ai vu se coucher
le jour passait comme une flèche
et chaque soir me frappait en plein coeur
comme le dernier

Dans notre cas, si c’est plutôt Godin le poète qui nous a inspirés et nous inspire toujours, il serait fâcheux de négliger l’apport de Godin le politicien, en ces temps où le cynisme semble être le plus grand dénominateur commun des électeurs québécois. Tous ses anciens collègues soulignent sa capacité à se faire le porte-parole des “écorchés, des mal-pris, de ceux qui couchent dans la neige, des milles métiers milles misères, de ceux qui toussent leur journée pour arriver à se bûcher une paie comme du monde”, et à les faire rêver à un endroit meilleur, à des lendemains qui chantent. Il pratiquait une politique de la proximité sans tomber dans le populisme, tare de notre politique actuelle. Homme de la rue, il l’est demeuré, étant le seul politicien à faire campagne électorale à bicyclette. Même lorsqu’il siégeait à l’Assemblée nationale, il a refusé limousine, voiture et chauffeur ; c’est en autobus qu’il allait siéger l’hiver, et l’été, il s’y rendait encore en bicyclette.

Gérald Godin se réclamait nationalitaire avant d’être nationaliste, affirmant du coup sa volonté de bâtir un nationalisme d’ouverture qui inclut l’apport de chaque individu nonobstant son origine pour y greffer ses meilleures particularités. Un Québec aussi riche que la planète elle-même, mais en possession normale de son coin du monde, pas plus, pas moins.

"Je veux qu’un député soit d’abord une paire d’oreilles. Il faut briser le mur entre les électeurs et le gouvernement. Ne pas fournir des solutions de bétons, mais des solutions artisanales. La solution aux problèmes se trouve dans l’artisanat."

Cette recherche des solutions artisanales a une résonance très forte pour nous. Le D.I.Y. (do-it-yourself) que nous appliquons à la création de la musique, il le cherchait à l’échelle ministérielle, avec toute la créativité qu’on lui connait. Serait-ce l'avantage d’avoir un poète au poste de ministre de la Culture? Peut-être devrions-nous retenter l’expérience?

Finalement, une question traverse le travail de Gérald Godin: comment réussir sa vie en tant qu’être humain? Godin aurait répondu qu’il s’agit de réaliser quelque chose de plus grand que soi, qui transcende le particularisme et l’individualisme. Une prévalence sans compromis pour la création. Il aurait aimé laisser derrière lui un pays, mais il offre une oeuvre poétique immense et importante.

Les oiseaux au lever du soleil
volent à toute vitesse
Comme s’ils étaient en retard

Les deux poèmes sont tirés de son recueil "Il ne demandaient qu'à brûler" paru aux éditions de l'Hexagone en 2001.

©2014 TOUS AZIMUTS
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